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Restons

Je regardais l’horloge en buvant mon café.

Un matin où l’on reste chez soi, où rien ne se passe.

Je scrutais l’heure à l’user.

 

La tasse est imprimée de violettes.

Et le beurre fond sur le pain grillé.

Que vais-je faire aujourd’hui si demain est pareil ?

Lire...Mais il faudrait s’occuper du jardin, les haies de hêtre ont pris le vent.

Écrire…Un oiseau s’est posé sur la branche de l’érable. Écrire sur l’oiseau ?

Il se fiche, lui, que j’écrive à son propos.

 

L’horloge infectée d’un autre temps ricane.

Mes yeux perchés sur le cadran la sonde.

Suffit-il d’avoir du temps pour le prendre?

En gagner là nous permet-il d’en perdre ici?

Combien sous les masques ?

 

Le tic tac a cessé sous l’antique pendule!

Les secondes se sont envolées.

Vers la maison de ma grand-mère,

Car elle sait mieux que moi, prendre le temps.

Les minutes sont tombées.

Sur le sol, elles ont germé.

Des fleurs, dans la cuisine, dans le salon.

Et puis un sourire, à partager.

 

J’ai oublié les heures. J’ai oublié le temps.

 

J’enrage sur le quand du comment,

De la mort qui cancane sous nos balcons,

Mais c’est vivante encore que j’enrage.

C’est vivants que nous libérons les hospices.

Silencieux contre le bruit de la bête,

Restons.

Retirons-nous, le temps du passage.

Nos regards éveillés feront nos lendemains.

Nous remontrons les mécaniques arrêtées.

Je glisserai ma main dans la tienne.

 

Restons.

 

 

A pareil jour, à pareille heure, restons.

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